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André Briand L'Insubmersible

André Briand l’insubmersible - Autodidacte - Entrepreneur - Profil Atypique

André Briand - 65 ans - Pacé (35)
Ancien Directeur De Centres Euromaster (Groupe Michelin)

Pur produit breton, quand André Briand décide de s’investir dans un projet, il ne le fait pas à moitié. Portrait d’un monstre d’optimisme et de détermination...

Petite mise au point

Sur le papier je suis retraité mais je me définirais plutôt comme étant en grandes vacances. Tout est dans la tête. Si on me présente un projet intéressant et que mes services sont demandés je répondrai présent.

Une première expérience professionnelle éprouvante mais ô combien formatrice

Ma scolarité a été un échec total. Je faisais partie de ces jeunes qui n’en faisaient qu’à leur tête et n’écoutaient ni leurs parents ni les professeurs. J'ai quitté l'école à 16 ans.

Suite à cette décision, je me suis dirigé vers l’exploitation agricole de mes parents. Le travail y était très dur… rigueur, discipline, intransigeance. De longues journées de labeur étaient au programme de chaque jour de la semaine. Les week-ends de repos n'existaient pas… Mais cela ne m’a pas empêché de vouloir racheter l’exploitation de mes parents. Bien au contraire ! À 21 ans j'ai repris l'exploitation pour la développer en un élevage industriel de porcins et de poules reproductrices en œufs à couver…

Cette expérience a été très formatrice mais aussi très éprouvante. Après 17 années intenses, à 38 ans, usé, j'ai revendu l’exploitation. Un enchainement d’événements m’a amené à prendre cette décision… Tout d’abord financièrement c’était très compliqué. Mon principal client pour les œufs à couver avait déposé le bilan et tous les investissements matériels que j’avais fait pour le fournir n’étaient plus d’aucune utilité. Et puis il y avait aussi les crises porcines (baisse du cours du porc, vente à perte). Chaque crise fragilisait l’exploitation et au bout de la troisième crise, financièrement, je ne pouvais plus faire face… Autre élément déclencheur : ma santé. À 37 ans, avec le surmenage, les 2 paquets de cigarettes que je fumais par jour et les difficultés liées à la gestion de l’exploitation, j’ai fait un infarctus. Mes jours étaient clairement comptés et la prise de conscience a été immédiate. Marié avec 3 enfants je ne pouvais pas continuer comme ça. Je me suis dit « Si tu continues sur cette lancée dans pas longtemps t’es entre 4 planches ».

À 37 ans, avec le surmenage (...) j'ai fait un infarctus (...) Je me suis dit « Si tu continues sur cette lancée dans pas longtemps t’es entre 4 planches »

Aller de l’avant et faire fi du « qu’en dira-t-on »

La décision de revendre l’exploitation était prise et l’arrêt complet de la cigarette viendra quelques temps plus tard… Tout comme le fait d’arrêter l’école, la décision de revendre l’exploitation était murement réfléchie. Le pour et le contre étaient bien pesés. Je savais ce que je perdais, je ne savais pas ce que je gagnais, mais j’avais la certitude que j’allais tout donner pour m’en sortir et rebondir. J’en avais fait la promesse à ma femme…

La revente de l’exploitation a été mal perçue par une bonne partie de mon entourage. Avant de revendre l’exploitation, les gens changeaient de trottoir pour me saluer. Après la revente, ces mêmes personnes changeaient de trottoir pour ne pas me saluer. Je n’étais plus fréquentable et je « puais l'échec » alors que par cette décision je venais de me sauver la vie, et par conséquent prolonger ma présence sur cette terre auprès de mes proches... Mon épouse a été très forte car elle a été l’une des rares personnes à me soutenir dans cette épreuve et je lui tire encore une fois mon chapeau.

La revente de l’exploitation a été mal perçue par une bonne partie de mon entourage (...) Je n’étais plus fréquentable et je « puais l'échec » alors que par cette décision je venais de me sauver la vie

Une transition par l'univers du golf

Après cet épisode, j’ai été associé dans un établissement qui proposait la pratique des 9 premiers trous du golf en intérieur. C’était une expérience fantastique. En plus du parcours de golf, le complexe avait un restaurant, une salle de gym, des saunas et une salle de réunion. On organisait des séminaires, on recevait des personnalités locales, le Stade Rennais faisait partie de nos clients… Il arrivait parfois que je donne moi-même les cours de gym. C’était le pied…

Mais au bout d’un peu plus d’un an j'ai revendu mes parts de la société. Ma vision du développement de l’entreprise différait trop de celle d’un des associés alors j’ai préféré partir.

Prendre le taureau par les cornes et ne pas se laisser démonter

Bien décidé à avancer, un jour je tombe sur une offre d’emploi pour la société Vallée Pneus. Un Directeur d’Agence pour le site de Caen est recherché. Je n’y connais absolument rien au domaine du pneumatique mais qu'à cela ne tienne : je postule.

Pour la petite histoire, Vallée Pneus était dans le top 3 français des négociants de pneumatiques et travaillait entre autres pour Michelin. La relation entre Michelin et Vallée Pneus était si importante et stratégique que Michelin épaulait Vallée Pneus pour ses recrutements en envoyant ses propres équipes...

Ma candidature est sélectionnée et je suis convoqué pour une session de recrutement. L’artillerie lourde est sortie. Le Directeur Financier, le DRH et un Psychologue sont dépêchés... Après 3 jours de tests intenses, je suis convoqué en entretien par André Vallée, PDG de Vallée Pneus, pour m’annoncer que je suis le nouveau Directeur de l’agence de Caen. D’entrée Monsieur Vallée me dit, « Vous avez été retenu et sachez que quand on est retenu par Michelin c’est qu’on sent chez l’Homme la volonté de travailler. » Je peux vous dire qu'un accueil comme ça donne envie de soulever des montagnes. Ça met aussi une certaine pression. Moi, André Briand, fils d’agriculteur, qui a quitté les bancs de l'école à 16 ans sans diplôme, me voilà maintenant propulsé à la direction d’une agence d’un des plus grands négociants de pneus de France.

Avec le recul, en toute humilité, je pense que ce qui a été apprécié chez moi c'est ma franchise et ma capacité à rebondir et à faire face aux difficultés. Lors des différentes étapes du recrutement je n’ai rien caché et j’ai été transparent sur ce qui s’est passé avec l’exploitation agricole et le golf en intérieur. Jouer carte sur table paye...

« Vous avez été retenu et sachez que quand on est retenu par Michelin c’est qu’on sent chez l’Homme la volonté de travailler »

Une nouvelle vie qui commence

Les 6 premiers mois après ma prise de poste ont été très intenses. Plus de 200 kilomètres séparaient mon lieu de travail de mon domicile. Mon bureau était à Caen et j'habitais à Montauban-de-Bretagne. Pendant ces 6 premiers mois, pour ne pas perturber l’année scolaire de mes enfants, je faisais des allers-retours. La semaine je logeais au centre routier de Caen et le week-end je rentrais chez moi. Loin des miens, cette période a été très difficile mais aussi très bénéfique. Tous les matins j’étais à 5h30 au bureau pour m’imprégner du travail de mes équipes. Je tenais à connaître chaque collaborateur et chaque dossier sur le bout des doigts. Je savais qu’on allait m’attendre au tournant…

Et ça n'a pas loupé ! Lors de ma prise de fonction le personnel de l'agence a voulu me tester. Tout le monde connaissait mon parcours et savait d'où je venais. On voulait profiter de ma jeunesse dans le poste pour m’en faire voir de toutes les couleurs. Les asticots étaient en train de se payer ma tête mais ils ne savaient pas sur qui ils étaient tombés… Il fallait que je recadre les choses avant que ça ne dégénère. Alors un jour, trois semaines après mon arrivée, j’ai réuni tous les collaborateurs et je leur ai dit : « Je vais être très bref ! Sachez qu’en face de vous, vous avez un breton. Et si les bretons ont la réputation d’être coriaces ce n’est pas pour rien. Pour certains, vous avez glissé des peaux de bananes sous mes pieds… eh bien sachez qu’elles ne sont pas assez grosses. » On n’entendait pas une mouche voler. La réunion a duré 10 minutes et à partir de là tout s’est déroulé à la perfection…

Les asticots étaient en train de se payer ma tête mais ils ne savaient pas sur qui ils étaient tombés

Trois ans après cette mise au point, en 1990, Vallée Pneus est rachetée par Euromaster (filiale de Michelin), et me voilà embarqué dans une nouvelle aventure… Chez Vallée Pneus, on faisait du très bon travail mais avec l’arrivée du Groupe Michelin aux commandes c’était l’excellence qui était visée. Il a fallu s’accrocher et batailler dur pour suivre la cadence parce ce que sinon c’était la porte. Si aujourd'hui Michelin fait partie du top 3 mondial des manufacturiers de pneus ce n’est pas un hasard…

Un an après le rachat par Euromaster, on m’a demandé de prendre la direction de centres sur Rennes et sa région. Amoureux de ma Bretagne natale vous imaginez bien que je ne me suis pas fait prier pour accepter le poste… À 43 ans, soit 6 ans après avoir frôlé la mort, 5 ans après avoir déposé le bilan de l'élevage et essuyé les pires critiques, et 4 ans après avoir quitté mes terres, j'étais de retour en Bretagne pour occuper un poste qui m'a permis de m'épanouir professionnellement et de retrouver un équilibre avec ma vie de famille...

À 43 ans, soit 6 ans après avoir frôlé la mort, 5 ans après avoir déposé le bilan de l'élevage et essuyé les pires critiques, et 4 ans après avoir quitté mes terres, j'étais de retour en Bretagne pour occuper un poste qui m'a permis de m'épanouir professionnellement et de retrouver un équilibre avec ma vie de famille...

Les conseils d’André

Avancez, avancez, avancez… À certaines étapes de notre vie il n’est pas évident de prendre des décisions mais à un moment donné il faut passer à l'action. Si une erreur est faite ce n’est pas grave. L'essentiel est de la rectifier et de changer de cap si c’est nécessaire… Se morfondre et faire du surplace en étant sûr(e) de ne faire aucune erreur, ou prendre son courage à deux mains et prendre des risques pour avancer. Les cartes sont entre vos mains.

Ayez confiance en vous ! En tant qu’autodidacte, la force de persuasion est très importante. En ayant confiance en vous, vous inspirerez confiance à vos collaborateurs et c’est comme ça que vous pourrez mener à bien les projets les plus fous.

Soyez forts mentalement ! Prendre de grandes décisions professionnelles ne se fait pas sans répercussions sur la vie de famille et sur la vie de couple. Restez ensemble et battez-vous ensemble et vous réussirez à surmonter tous les obstacles qui se dressent devant vous.

Prenez soin de votre corps ! On n’arrête pas de nous le rabâcher mais c’est tellement vrai. Avoir une bonne hygiène de vie permet d’avoir les idées claires. Pour ma part ça s’est traduit, entre autres, par l’arrêt de ce poison qu’est la cigarette, la pratique de la marche et une limitation de la consommation d’alcool à l’apéro du week-end.

Soyez reconnaissants envers toutes les personnes qui vous soutiennent aussi bien du côté personnel que du côté professionnel. Le respect, un sourire, un merci, ça ne mange pas de pain.

Écoutez votre instinct ! Laissez les oiseaux de mauvais augure piailler. Faites preuve de détermination et vos résultats parleront pour vous. La meilleure réponse que j’ai pu apporter à tous mes détracteurs s’est faite sur le terrain, par les actes.

Propos recueillis par Guy Grosset

contact@kairosjobs.fr

Pour contacter André vous pouvez passer par : contact@kairosjobs.fr




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